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Glitch Feminism A Manigesto by Legacy Russel, Published by Verso 2020


Partant du constat que dans les mondes virtuels les femmes* sont autant réifiés que dans le monde dit «réel», nous nous sommes intéressées aux stratégies de résistance et de détournement mises en places par les femmes* au sein de ces univers numériques et technologiques qui altèrent leur ontologie. C’est dans une perspective féministe que Nos corps encodés aborde la thématique de la cybercorporéités. Nos corps encodés s’intéressent à la façon dont les nouvelles technologies affectent nos corps biologiques et leurs acceptation. Il nous est apparu nécessaire de clarifier dans quel contexte, le concept de cybercorporéité est apparu, avant de vous décrire plus en détail le projet.

Le rapport entre l’image/ corps / identité et numérique est présent dès le début d’internet, et même avant sa création avec le Manifeste Cyborg de Donna Haraway. Écrit en 1984, ce livre décrit une figure – un cyborg – non genrée, issue de l’imaginaire des technologies et de l’informatique. Ce livre dénonce la manière dont la technologie a contribué, entre autres, à valider des modèles patriarcaux.  Pour Haraway, “le cyborg est à la frontière entre l’humain et l’objet, mais aussi entre la nature et la culture, il est même au-delà des identités fixes du corps humain comme le sexe. Armés du mythe du cyborg, les femmes et les hommes devraient enfin parvenir à se « dénaturer », accéder à une « conscience de la différence », faisant voler en éclat les dualismes nature/culture, esprit/corps, soi/autre, mâle/femelle, vrai/faux, etc”.  Ce manifeste a inspiré de nombreu.x.ses cyberfeministes qui ont perçu dans la technologie une façon de faire disparaître les inégalités entre les genres et sexes. « Avec l’arrivée du web et d’Internet, certaines féministes ont perçu dans cette nouvelle technologie un outil d’émancipation, leur permettant par exemple de se réinventer en ligne et de se détacher de leur corps physique”, nous explique Marie Lechner, commissaire de l’exposition Computer Grrrls, à la Gaîté Lyrique. “Aujourd’hui, comme la frontière entre le cyber-espace et la réalité est très poreuse, le terme cyberféminisme paraît désuet, on parle plutôt de technoféminisme. Nous observons une résurgence d’un mouvement féministe qui s’alarme de l’impact des technologies conçues par un petit groupe sur l’ensemble de la population ».  

En effet, selon l’INSEE, les deux tiers des métiers du numérique en France sont occupés par des hommes. Selon la fondation Femmes Numérique, il y a 85 % d’hommes dans les métiers de la cybersécurité et 90 % chez les dirigeants de start-up. Ces chiffres sont alarmants et expliquent en partie les biais (racistes, sexistes, validistes etc...) , les stéréotypes de genre et le manque de représentations des minoritées dans le cyber-espaces ou dans certaines technologies.

Du Yiddish glitch (surface glissante, fuyante) ou de l’Allemand glitschen (glisser, déraper), le glitch est une défaillance électrique ou électronique se répercutant sur le matériel informatique et sur l’exécution des logiciels. Le terme décrit les anomalies qui peuvent se produire dans les logiciels, jeux vidéo, images, vidéos, audio et toute autre forme de données. Legacy Russel dans son livre Glitch Feminism: A Manifesto, envisage l’erreur numérique comme un outil, une arme, un levier feministe qui prolonge, au sein des cyberespaces, les théories queers et la pensée de Donna Haraway.
Selon elle, le queer est le bizarre, le grossier, tout ce qui n’est pas dans l’ordre, l’erreur.  L’extension du queer au sein des espaces numérique.  L’erreur du glitch féministe ferait échos aux erreurs qui ont été introduites dans le système politique, économique, sexuel, culturel, racial, etc. Pour Russel, le glitch « pourrait, en fait, ne pas du tout être une erreur, mais bien au contraire un erratum nécessaire. Permettant de réintroduire un pouvoir d’action et de re-définition ou de « re/génération » de soi par soi, le glitch vient selon elle compléter la théorie du Cyborg d’Haraway.


Mark